Ce que l’artiste définit comme une pratique « Relationally Based Studio Practice », où le travail en atelier s’ancre dans une approche relationnelle avec les modèles qui prennent pose, constitue le dénominateur commun des œuvres réunies dans cette exposition.
Depuis une vingtaine d’années, Andrew Morrow aborde dans sa peinture et son dessin, des thématiques aussi diverses que la peinture historique occidentale et la culture visuelle contemporaine, se penchant sur les questions de genre, de sexualité, de honte, de réconciliation et d’apocalypse, et tout récemment il s'intéresse aussi à une réévaluation de la relation entre le modèle vivant et l’artiste. Ce que l’artiste définit comme Relationally Based Studio Practice, où le travail en atelier s’ancre dans une approche relationnelle avec les modèles qui prennent pose, constitue le dénominateur commun des œuvres réunies dans cette exposition. Tous les individus agissant comme modèles pour l’artiste, sont considérés non seulement en tant que sujets dessinés ou peints, mais davantage comme des interlocuteur·trices actif·ves, dont la subjectivité est mise en valeur. Prenant forme lors de séances en atelier, les œuvres présentées ont en commun de souligner comment Morrow fait de l’atelier un lieu de rencontres où s’institue une forme de lien social. Ses dessins et ses peintures sont autant de témoins et de traces des échanges qu’il entretient avec ses modèles. À travers plusieurs corpus dévoilés pour une première fois dans un même contexte, l’exposition révèle la méthodologie de travail de l’artiste qui permet de faire reposer sur les liens sociaux une pratique en atelier, très souvent isolée.
Les œuvres présentées traitent autant du médium lui-même (ici la peinture et le dessin), et d’une relation indéterminée avec la représentation, que des modèles représenté·es. Synthétisant souvent des figures multiples et parfois démultipliées, des objets, des zones abstraites et des notes textuelles personnelles, la pratique actuelle de Morrow comprend des œuvres provisoires et gestuelles réalisées en temps réel pendant les séances de pose. S’ajoutent à ce corpus des œuvres plus longuement travaillées et plus abouties, réalisées seul en atelier à la suite des séances de pose. Dans ce contexte plus précis, au-delà de cette complexité visuelle, se greffe une perspective davantage immatérielle et inapparente, qui résulte du processus relationnel et de la méthode préparatoire qui implique l’autre. Cette volonté de mettre de l’avant l’importance de cette démarche émane d’une série de visites en atelier où, à chaque fois, la commissaire prenait place sur ce même divan utilisé pour les séances de pose. Le titre, [I Don’t Want To Just] Paint The People, exprime précisément cette nécessité pour l’artiste de ne pas se limiter à peindre des individus, mais de favoriser des échanges et des moments privilégiés, créant ainsi une constellation de modèles interreliés.
Durant les quelques semaines précédant l’exposition, la Galerie UQO est devenue un espace de travail pour l’artiste, lors d’une période de résidence. Alors que le public fut invité à prendre pose lors de séances permettant l’élaboration de nouvelles esquisses, voire de nouvelles œuvres achevées, la galerie (tout comme son équipe et son public) a incarné en quelque sorte un modèle en soi. Par ce processus, l’artiste pose non seulement un regard sur le lieu où se réalise la production de l’œuvre, mais il en synthétise également les traces dans de nouvelles œuvres à venir. Il questionne subtilement le rôle du white cube comme espace d’expérimentation, mais également le potentiel rassembleur ou fédérateur que peut susciter la galerie dans la rencontre avec les gens qui prennent pose pour devenir sujets des œuvres.
Andrew Morrow est un artiste canadien contemporain dont la pratique, axée sur les questions sociales, s’appuie sur le dessin et la peinture. Il est titulaire d’un baccalauréat en beaux-arts de l’Université Queen’s et d’une maîtrise en beaux-arts de l’Université d’Ottawa, où il a reçu le prix Michel-Goulet pour la meilleure présentation de mémoire. Les œuvres de Morrow ont fait l’objet de nombreuses expositions et critiques à travers le Canada et à l’étranger, notamment dans le cadre d’expositions collectives et individuelles, entre autres à Toronto, Montréal, New York, Los Angeles et Miami. Il est lauréat du prix TRIAS Art as Healing 2022, de la résidence DAÏMÕN, de la bourse de voyage européenne William-Blair-Bruce et, récemment, du prix d’excellence en enseignement de l’APEUO (anciennement APTPUO). En 2025, il a été sélectionné comme artiste du Sénat du Canada pour documenter le discours du trône de Sa Majesté le roi Charles III. Ses œuvres font partie de la collection d’art de l’Hôpital d’Ottawa, du Sénat du Canada, de la Banque d’œuvres d’art du Conseil des arts du Canada et de la collection d’art de la Ville d’Ottawa. Outre sa pratique artistique, Morrow est professeur de peinture et de dessin à l’Université d’Ottawa et membre fondateur du comité du Prix pour les jeunes artistes du Conseil des arts d’Ottawa. Morrow vit à Chelsea, au Québec, avec sa famille et son chien Kaza.
L’artiste souhaite remercier pour leur soutien le Conseil des arts et des lettres du Québec, via le Programme de partenariat territorial de l’Outaouais, et l’Association des professeur·e·s enseignant·e·s de l’Université d’Ottawa (APEUO) (anciennement connue sous le nom de l’Association des professeur·e·s à temps partiel de l’Université d’Ottawa (APTPUO), via le Fonds de développement académique et professionnel.
La Galerie UQO tient à remercier l’Hôpital d’Ottawa pour le prêt de l’œuvre Neither Brightly Lit Nor Completely Enlightened (2021) de l’artiste Andrew Morrow, dont elle est propriétaire.
Détentrice d’un doctorat en études et pratiques des arts de l’Université du Québec à Montréal (2024), Marie-Hélène Leblanc est directrice et commissaire de la Galerie UQO depuis 2015 et professeure associée à l’École des arts et cultures (UQO) depuis 2025. Sa pratique commissariale l’a amenée à produire une quarantaine de projets présentés dans diverses institutions au Québec, au Canada et en Europe. Elle est active au sein d’une chaire et d’une équipe de recherche et elle a siégé à de nombreux conseils d’administration, comités et commissions. Au cours des dernières années, elle a, entre autres, reçu le prix d’innovation en gestion de l’Université du Québec (2025), ainsi que le prix d’excellence (2025) et le prix relève (2018) de la Société des musées du Québec. Considérant l’exposition comme médium, elle se définit comme commissaire-faiseuse d’expositions-autrice-praticienne-chercheuse.