L’espace de la galerie comme lieu de discours parviendra à mettre en exposition non seulement le langage expressif de l’artiste, développé à partir d’un lexique formel, mais permettra aussi le dialogue.
Avant toute chose, la galerie est vide, les murs sont repeints en blanc et les néons sont ouverts. Le plan de la galerie —ses dimensions— sera un outil de travail de premier ordre dans l’élaboration de l’exposition. L’atelier a quant à lui pris forme au cours de l’automne. Ce qui était au départ une grange est devenu un atelier dont la blancheur s’apparente à celle de la galerie, l’éclairage aussi. L’espace de recherche qu’offre la galerie et le nouvel espace d’expérimentation et de production de l’atelier de l’artiste permettent de donner forme à cette exposition qui présente des œuvres inédites de Jennifer Lefort. L’architecture du nouvel atelier permet le travail de très grands formats, l’exposition est ainsi tributaire de ces nouvelles propositions formelles dans la pratique de l’artiste, que ce soit par la peinture ou la sculpture. Le nouvel atelier situe à la fois l’espace et le temps dédiés à la mise en œuvre de cette exposition, il n’est pas le sujet de l’exposition.
De ces deux grands lieux vides surgira une saturation de l’espace —de création et de diffusion— où l’éloquence des formes, des couleurs et des gestes dans le langage pictural et sculptural de Jennifer Lefort sera appliquée dans un exercice de réécriture.
Alors que l’artiste tente de déconstruire en quelque sorte le dispositif linéaire de l’écriture, les œuvres ainsi produites proposent un exercice de lecture, de décodage et de traduction. C’est dans l’intervalle entre structure et désordre, accidents et intuitions, atelier et galerie qu’elle a développé cette collection de gestes, de lignes, de symboles et de couleurs. Ce lexique visuel contribue à un langage répétitif et imprévisible dans un effort narratif fantasmé. Ses gestes sont grands et immédiats, jamais aléatoires, stratégiquement constitués dans une structure non résolue d’un scénario potentiel. Le visiteur est ainsi confronté à des compositions formelles et colorées, en quelque sorte des récits abstraits, le laissant seul face à la question du contenu de l’œuvre de l’artiste.
L’espace de la galerie comme lieu de discours parviendra à mettre en exposition non seulement le langage expressif de l’artiste, développé à partir d’un lexique formel, mais permettra aussi le dialogue. Un dialogue doublement opérant, entre la saturation et le vide, mais également entre chacune des œuvres dont est constituée l’exposition. Le récit ainsi peint et sculpté à partir de ce langage est directement influencé par la galerie et l’atelier: «Le récit veut parcourir cet espace, et ce qui le meut, c’est la transformation qu’exige la plénitude vide de cet espace, transformation qui, s’exerçant dans toutes les directions, transforme sans doute puissamment celui qui écrit, mais ne transforme pas moins le récit lui-même et tout ce qui est en jeu dans le récit où en un sens il ne se passe rien, sauf ce passage même.»* Cette exposition marque aussi définitivement l’inscription du nouvel espace d’atelier dans la démarche de l’artiste, dans l’écriture de son parcours.
*Blanchot, M. (1959). Le livre à venir. Paris: Gallimard, p.17.
Le travail en peinture de Jennifer Lefort, qui explore les limites entre le formalisme et l’expressionnisme, lui a mérité le prestigieux prix Plaskett et la participation à l’exposition des finalistes du Concours de peintures canadiennes RBC. En 2016, elle exposera à la LAM Gallery à Los Angeles et la production d’une monographie est prévue. En 2015, elle a présenté une exposition individuelle à la galerie Patrick Mikhail à Montréal, une installation in situ au centre d’artistes GNO à Sudbury, une installation d’art public temporaire au Musée d’art contemporain des Laurentides à Saint-Jérôme et une exposition d’œuvres inédites à Bâle en Suisse. L’artiste est née à Montréal et travail maintenant à Gatineau.
Détentrice d’un doctorat en Études et pratiques des arts de l’UQAM, Marie-Hélène Leblanc occupe le poste de directrice et commissaire de la Galerie UQO à l’Université du Québec en Outaouais depuis 2015. Sa pratique commissariale l’a conduite à produire plus d’une trentaine de projets présentés dans diverses structures d’exposition au Québec, au Canada et en Europe. Entre 2006 et 2015, elle a travaillé dans des centres d’artistes autogérés, a été commissaire indépendante et a aussi enseigné les arts visuels au collégial et à l’université. En 2018, elle recevait le Prix Relève de la Société des musées du Québec et en 2013, elle recevait la Bourse Jean-Claude-Rochefort sur le commissariat ou la critique d’art contemporain de la Fondation de l’UQAM. Elle a siégé à de nombreux conseils d’administration, notamment ceux de l’Association canadienne des galeries d’art universitaires et collégiales (UCAGAC/ACGAUC), du Regroupement des centres d’artistes autogérés du Québec (RCAAQ) et de Culture Outaouais. Professeure associée à l’École des arts et cultures (UQO) depuis 2025, Marie-Hélène Leblanc est cochercheuse de la Chaire de recherche en économie créative et mieux-être du FRQSC (axe culture en région, dir. : Julie Bérubé, UQO) et de l’Équipe Art et musée, du projet de recherche et création Créer avec les collections, soutenu également par le FRQSC (dir. : Mélanie Boucher, UQO).