Présentation
Béchard Hudon est un duo d’artistes qui écoute, qui regarde, qui est attentif.
Au cours des dernières années, les artistes ont analysé et étudié des phénomènes acoustiques et visuels au cœur des villes, des banlieues, ainsi que certaines interventions humaines qui s’y trouvent, dont des infrastructures tels que les ponts, les tunnels et les échangeurs routiers. Plus récemment, leurs explorations ont porté vers les écosystèmes naturels et les formes de vie autres qu’humaines. C’est ainsi que leur travail de terrain s’est transposé vers de nouveaux espaces à explorer, là où se mêlent la faune et la flore (oiseaux, fleuves, marais, icebergs, océans). Ce sont les forêts, et plus particulièrement certaines forêts anciennes de l’Outaouais, qui occupent actuellement une place prépondérante de leur champ de recherche, comme autant de nouveaux territoires à scruter, observer et magnifier.
Les deux artistes s’intéressant notamment à la notion d’habitat et de micro-habitat, la forêt ancienne devient un terrain de recherche foisonnant où le vivant s’active dans des sites qui n’ont subi que peu ou même aucune perturbation humaine. Cette notion de forêt habitée – par les vivants autres qu’humains – est centrale dans la perspective unique déployée par Béchard Hudon dans cette exposition. L’attention portée par le duo d’artistes à ce qui échappe aux perceptions immédiates du monde est ici mise de l’avant. Par cette nouvelle recherche, les artistes dirigent plus précisément leur intérêt vers les dendromicrohabitats, qui consistent en des ensembles de structures distinctes se trouvant sur des arbres vivants ou morts, et qui deviennent des lieux de vie essentiels pour la faune, la flore et les champignons.
Leur méthodologie, développée depuis plusieurs années, s’ancre dans la mise à vue et dans la mise à l’écoute de phénomènes visuels et sonores souvent imperceptibles. Utilisant de l’outillage perfectionné, le duo arpente les forêts en donnant à voir et à entendre autrement. L’activité sonore du mouvement interne des arbres et du sol environnant est enregistrée à l’aide de capteurs spécifiques qui permettent une écoute intime des épaisseurs temporelles de la forêt. En plus d’expérimenter le son de ces écosystèmes, une caméra numérique à spectre complet est utilisée afin d’exposer ce qui se passe dans les profondeurs de la forêt, en étendant le regard au-delà du spectre visible à l’œil humain, proposant ainsi une plongée dans un univers à l’atmosphère surréelle. Évitant l’approche documentaire directe, les artistes ouvrent un espace d’attention sur la complexité et la dynamique à partir desquelles les forêts se révèlent de manière inattendue et sous différents angles.
Ces forêts anciennes observées, écoutées et explorées durant plusieurs mois par Béchard Hudon, représentent non seulement des écosystèmes complexes et délicats, mais aussi des terrains de recherche qui appellent à la modestie et au respect. Ces forêts sont des espaces désordonnés où le sol jonché de bois en décomposition, promesse d’abri pour d’innombrables espèces, devient le maillon qui transforme la mort en vie nouvelle. Elles accueillent plusieurs types d’habitats interespèces les rendant tout à la fois essentielles et vulnérables. Les artistes visent ainsi, à travers une expérience inédite de ces forêts, à témoigner de la splendeur et de la fragilité de l’ensemble de ces habitats. Le duo transforme les configurations de l’imaginaire, par l’investigation d’expériences perceptives, qui poussent plus loin l’exploration sensible d’un monde en reconfiguration constante. Une voix est donnée à la forêt, qui se révèle à elle-même et aux autres, qui monopolise le discours et qui commande une écoute active. Monologue de la forêt suscite la fascination devant cette nature plus grande que soi, en interrogeant et en diversifiant nos codes de représentation de la forêt, allant jusqu’à révéler un appareillage scientifique telle une forme d’installation abstraite qui permet également de mieux saisir cet écosystème et ses possibles déséquilibres.
Si le titre de l’exposition laisse présager que la forêt est la seule interlocutrice de cette exposition, il appert qu’il en est tout autrement puisque, pour sa conception, une multitude de voix, de réflexions, de personnes ont été convoquées et ont dialogué afin de rendre effective la mise en commun des savoirs sur cette même forêt. Cette cohabitation en forêt a pris forme grâce à un partenariat avec l’Institut des Sciences de la Forêt tempérée de l’UQO, alors que trois chercheur·euses, Sylvain Delagrange, Frédérik Doyon et Audrey Maheu, ont accepté de partager leur champ de recherche avec les artistes.
La Galerie UQO tient à remercier les professeur·eures et chercheur·euses Sylvain Delagrange, Frédérik Doyon et Audrey Maheu, de l’Institut des Sciences de la Forêt tempérée de l’UQO pour leur collaboration au projet. Elle est reconnaissante du soutien financier accordé par le Conseil des arts et des lettres du Québec, via le Programme de partenariat territorial de l’Outaouais, pour l’accueil en résidence des artistes et la réalisation du documentaire audio.
Les artistes souhaitent remercier les personnes suivantes : l’équipe de la Galerie UQO pour l’accueil en résidence de recherche et création et leur aide à la réalisation de l’exposition – Marie-Hélène Leblanc, Jessica Minier, Sabrina Bouchard, Maxime B. Huneault ainsi que leurs collaborateur·trices, Marie-Hélène Frenette-Assad et Simon Guibord. Merci particulièrement à Marie-Hélène Leblanc pour son engagement et sa complicité sans faille. Le duo désire aussi remercier les chercheur·euses de l’ISFORT, Sylvain Delagrange, Frédérik Doyon et Audrey Maheu pour leur accompagnement dans les forêts, ainsi que Dominique Laflamme et Martin Poitras pour leur avoir donné accès à leur forêt. Leurs remerciements s’adressent aussi à Sagamie et Émili Dufour pour l’impression des photographies, à PRIM pour l’aide à la création, à Marianne Lévesque pour la colorisation des vidéos, et enfin au Conseil des arts du Canada et au Conseil des arts et des lettres du Québec pour leur appui financier.
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Commissariat
Marie-Hélène Leblanc
Détentrice d’un doctorat en études et pratiques des arts de l’Université du Québec à Montréal (2024), Marie-Hélène Leblanc est directrice et commissaire de la Galerie UQO depuis 2015 et professeure associée à l’École des arts et cultures (UQO) depuis 2025. Sa pratique commissariale l’a amenée à produire une quarantaine de projets présentés dans diverses institutions au Québec, au Canada et en Europe. Elle est active au sein d’une chaire et d’une équipe de recherche et elle a siégé à de nombreux conseils d’administration, comités et commissions. Au cours des dernières années, elle a entre autres reçu le prix d’innovation en gestion de l’Université du Québec (2025), ainsi que le prix d’excellence (2025) et le prix relève (2018) de la Société des musées du Québec. Considérant l’exposition comme médium, elle se définit comme commissaire-faiseuse d’expositions-autrice-praticienne-chercheuse.